Long, pénible, est le chemin sinueux d’une existence, pour relever le dernier défi,
Celui qui hante le commun des mortels, de celui qui se croit immortel et sans souci,
La réalité est bien là, au bout des souffrances et parfois de l’abandon le plus total,
Seul petit vieux, tu es là, dans une vulgaire maison de retraite, destin pas génial.

Perdant inéluctablement au fils des années, ta splendeur ton intelligence et ta beauté,
Malgré ta soif de résister, tu n’as pu arrêter l’horloge de ta vie et de ta sérénité,
Dans le miroir de tes souvenirs, se reflète ta merveilleuse jeunesse partie en fumée,
Burinant sur ton pâle visage, les affres d’une vie à la destinée pas toujours espérée.

Parqué comme une bête dans ces horribles mouroirs, tu attends sagement ton heure,
L’heure de déjeuner, diner, promener ou je ne sais quoi, tu es aussi mis en demeure,
En demeure de t’exécuter, tel un militaire obéissant sur le champ, aux ordres reçus,
Pour satisfaire la volonté des chefs, les jours s’égrènent tu es certainement déçu.

Tu regrettes forcément le temps où seul tu pouvais décider, tu as perdu cette ivresse
L’ivresse de construire les contours de ta vie, tel ce peintre dessinant une déesse,
Envoûtant ses pensées les plus folles, avec son pinceau sur cette toile pourpre et dorée
Pour assouvir ses envies et ses désirs platoniques, comme un amant rejeté et humilié.

Dans mes rêves les plus fous, je marche avec toi mon petit vieux, dans cette prairie,
Tapissée de mille fleurs, telle une fresque multicolore de pensées et d’oublis,
Sur le chemin de cette planète utopique où nous construirons ensemble ce bonheur
Rejetant au plus profond de nos âmes, nos angoisses, nos peurs et nos rancœurs.