Assis devant la cheminée, je regarde cette flamme qui danse devant mes yeux,
Elle éclaire mon visage, réchauffe ma carcasse, sur elle je repose mes pensées,
Les minutes s’égrènent comme le calendrier de ma vie au destin sulfureux ;
Moment intense, je me retrouve seul, dans ce silence que j’avais souhaité.

Je n’entends que le crépitement des bûches vertes, explosion de bois
Tel un ami, ce feu m’entraîne avec lui dans ce tango désordonné ;
J’aurais voulu rester là, enfoui dans mes peines et mes joies,
Emporté malgré moi, je résiste à cette danse des souvenirs oubliés.

La fumée s’échappe de l’âtre m’ensevelissant dans mes tourments,
Tourments d’une vie qui s’écoule, tel un métronome si bien réglé ;
Les années défilent, ne remontent en moi que les meilleurs moments ;
Rejetant au plus profond de ce désert, les cicatrices jamais effacées.

Le froid me surprend dans les rêves de ma jeunesse où je croyais à la vie,
Dans cet élan de désirs inavoués, impalpables platoniques et totalement fous ;
A vingt ans j’aurais renversé des montagnes et croqué mille et une nuits,
Narguant l’ire des plus féroces, jusqu’au regard de cette femme aux yeux doux.

Le feu s’éteint inexorablement, comme les saisons de mon existence,
Au dehors la lune scintille, balayant la pluie et l’orage de mon passé ;
Hier est aujourd’hui, demain sera peut être sans lendemain, totale ignorance,
La dernière braise vient de s’éteindre, non je n’ai vraiment aucun regret.