Terre aride dans cette plaine et ces coteaux, balayés parfois par le vent,
Toi magnifique grappe, frêle et précieuse tu pousses sous un soleil cuisant,
Bichonnée par ce courageux vigneron, qui n’a de cesse de te choyer
Malgré ses traits burinés par le temps, il continue de rêver.

De rêver à toutes ces journées passées de douleur et de sueur,
Pour que tu deviennes mature dans ta vigueur et ta splendeur ;
Délicatement cueillie tu seras jetée dans une hotte ou une comporte,
Ta vie cesseras dans un pressoir ou un dévidoir, peu importe.

Ton délicieux nectar, apaisera la peur et l’angoisse de ton patron,
Dans ces yeux illuminés les degrés de ton cépage se refléteront ;
Rejetant sur le champ une année d’espérance et de souffrance,
Au fin fond d’un fut pour que l’alchimie opère avec élégance.

Par la majesté de quelques mains expertes tu grandiras comme un grand vin,
Telle une pierre précieuse tu finiras dans ta prison de verre comme un écrin ;
Nombreux voyages tu feras, de la vigne à la cave de la cave à la ville,
Telle une bête de cirque, tu défileras majestueusement pour attiser les papilles.

Pieusement versé dans ce verre en cristal tu épouseras ses formes éventées,
Laissant échapper ton arôme glorifiée, dans nos esprits émerveillés ;
La couleur de ta robe nous emportera dans une valse frénétique,
Pour savourer l’espace de quelques instants ton bouquet magique.