Dans mes plaines désertiques, le vent froid s’époumone à perdre haleine
Comme sur l’éphéméride usagée de ma vie qu’il effeuille avec peine
Errant sur ce chemin rocailleux, j’ai jeté mon modeste et précieux parchemin
Sous l’herbe flétrie, mes pensées gémissent au son entrecoupé d’un clavecin

L’ombre du silence accompagne mon regard et bâillonne mes rancœurs
Les dernières lueurs pales du jour apaisent mon âme aux multiples aigreurs
Telle la main du peintre esquissant sur cette toile le contour de mes ténèbres
Balayant d’un revers de fusain un léger soupir, inutile parole aux bordures funèbres

Mes lèvres tremblent, mes paupières s’alourdissent, je jette un dernier regard
Sur les clichés de mon existence, je ne me retourne plus, il est déjà trop tard
Pudique la lune blafarde détourne ses yeux, tandis qu’une étoile illumine ma solitude
Là-bas sur ma planète, je me vois rêver de tout et de rien peut être de quiétude

Ereinté et solitaire sur cette sente devenue trop étroite, mes pas s’enfoncent dans l’oubli
Les images froissées du passé ressurgissent tel un kaléidoscope déroulant sa parodie
Sensation étrange au goût de fiel, la pellicule se déchire, je l’abandonne sans regret
Dans les lacs mélancoliques de mon destin, les astres de la nuit m’ont une dernière fois éclairé

Au fin fond de la vallée, la complainte d’un violon surgit du néant et arrache mes chaînes
Sa mélodie plaintive dessine sur mon visage les rides du déclin, fatalité inhumaine
Mes yeux se ferment et refusent ce monde où tout est faux où tout est fou, triste mélodrame
Au bout de la nuit mon esprit s’envole à jamais, sans regret, sans remord, sans état d’âme.