Le jour commence à s’essouffler, la nuit installe son linceul
Au dehors le vent balaye la terrasse et agite l’énorme tilleul,
Alignées les cheminées vomissent d’épaisses fumées grisâtres
Sous la tonnelle, une bûche attend de finir ses jours dans l’âtre

Les cimes des vieux cyprès du cimetière s’agitent désespérément
Tourmentés par des bourrasques venues les frapper violemment
Dans la rue, transis par le froid quelques passants pressent leurs pas
Telles des marionnettes de chiffons désarticulées dans leur dernier trépas

Là-bas sur les coteaux, dame nature offre son sourire glacial
Maître zéphyr souffle sa rage cinglante, pour ce triste cérémonial
La frêle haie d’aubépine a revêtu maladroitement sa parure hivernale
Chassant un timide rouge-gorge, désormais seul et toujours en cavale

Tel un métronome, dans sa symphonie polaire, le froid s’est installé
Sa partition inhospitalière et rigoureuse laisse courir un air désabusé
Sur l’imposant chêne du village, grelotant de tous ses membres endoloris
La voûte étoilée scintille de mille feux, palette lumineuse à la mine réjouie

Le paysage se fige, muet et désertique, un lourd silence surprenant s’oblige
Seul le tintement du clocher, résonne sur les vieilles pierres, derniers vestiges
Sournoise, l’obscurité retient son souffle, l’hiver s’invite tel un imposteur
Séduisant soupirant, aux fantasques égarements d’un prédateur ou d’un séducteur.